La Jordanie est un pays de soleil et de vent. Mais jusqu’à récemment, les seules sources d’énergie disponibles étaient les énergies fossiles, le pétrole et le gaz. Aujourd’hui, la Jordanie veut diversifier sa consommation et explore de nouvelles voies.
Amman, Eurojar
Avant les changements politiques survenus en Irak en 2003, la Jordanie vivait dans une sorte de confort énergétique. L’Irak lui procurait du pétrole à prix d’ami durant les années 80 et 90 du siècle passé, alors que les années 60 et 70 connaissaient un soutien venant des pays du Golfe. Après les changements politiques au Moyen-Orient en 2003, le prix du pétrole explose sur les marchés internationaux et la Jordanie se retrouve dans une situation difficile. Elle importe 96% de ses besoins énergétiques, sachant que les Jordaniens chauffent leur eau avec un brûleur diesel.
Le gouvernement jordanien met alors en place plusieurs initiatives pour remédier à ce déséquilibre et rendre le pays moins vulnérable. Le développement d’un centre de recherche sur les énergies renouvelables, le Centre national de recherche sur l’énergie (NERC), est l’une des mesures engagées. En fait, la Société scientifique royale avait une section « énergies renouvelables » depuis 1972, mais un centre national spécifique a été créé en 1996 pour se concentrer surtout sur les économies d’énergie. Aujourd’hui, 97% de l’énergie consommée est encore d’origine fossile (gaz ou pétrole), ce qui coûte à la Jordanie 20% de son produit intérieur brut. Seule une proportion de 2% de l’énergie consommée est renouvelable, selon le NERC.
Emplacement géographique propice
La Jordanie bénéficie d’un ensoleillement exceptionnel. La plus grand partie du sud de la Jordanie fait partie de la «ceinture du soleil» de la planète. Son climat est sec. Deux tiers du territoire sont désertiques. Le vent souffle régulièrement sur les hauts plateaux. Bref, la géographie est propice pour une utilisation optimale des énergies renouvelables. L’explosion du coût du pétrole va donner l’impulsion pour une vraie recherche sur la production éolienne et solaire. En 2007, le gouvernement a mis au point un plan stratégique pour l’énergie, pour la période 2007-2020. La Jordanie se fixe des objectifs ambitieux : chauffer la moitié de son eau à l’énergie solaire d’ici 2020 ; améliorer les économies d’énergies de 20% pour qu’en 2015, 7% de la consommation énergétique provienne des sources d’énergie renouvelables, avec un objectif de 10% en 2020.
Soutien européen
L’Union européenne intervient dans ce contexte. En novembre 2007, l’UE et la Jordanie signent un accord de coopération dans le domaine de l’énergie, avec des priorités claires en matière de sources d’énergie, d’efficience énergétique et des plans de conservation. La Jordanie et l’Union européenne signent aussi un partenariat (twinning-project) avec le NERC. Le Centre pour les sources d’énergie renouvelables grec (CRES) entre alors en relation et partage son expérience avec le centre jordanien. Le partenariat débute en mars 2008, et pendant 16 mois plusieurs consultants vont venir en jordanie. 800 000 euros sont dépensés pour donner au NERC la capacité à développer des projets solaires ou éoliens. «Nous avons étudié des cas en Europe, des consultants sont venus en Jordanie pour nous former, nous avons développé un large réseau de contacts avec des centres similaires et l’expérience nous a été vraiment bénéfique», explique Walid Shahin, président par intérim et directeur du centre de recherche sur l’énergie. Il ajoute: «Depuis ce projet européen, le fonctionnement du centre est plus structuré». Ce partenariat a opéré dans plusieurs directions: promouvoir les économies d’énergie, développer l’utilisation des énergies renouvelables, créer un marché de l’énergie renouvelable.
Le NERC aime mettre en avant le développement de 100 projets éoliens ou solaires. Son directeur admet cependant que ce sont de petits projets, qui concernent surtout des bâtiments administratifs ou officiels ou des ONG : «Nous essayons de développer le solaire et l’éolien. Par exemple nous avons installé des pompes à eau actionnées par le vent. Nous essayons aussi de développer les chauffe-eau solaires. En Jordanie, on pense que l’énergie solaire est une évidence, mais le coût reste prohibitif; même l’installation d’un simple chauffe-eau solaire coûte de 500 à 800 euros.» La pénétration du solaire reste du coup faible, mais elle est repartie à la hausse depuis les envolées du prix du pétrole.
L’UE a l’intention de soutenir encore plus la Jordanie dans le cadre des énergies renouvelables et de l’efficience énergétique, sous le programme indicatif national 2007-2010, où un programme spécial visant à renforcer l’énergie éolienne et solaire devrait être lancé vers la mi-2010. Un soutien supplémentaire est prévu pour le programme indicatif national 2011-2013.
Le directeur jordanien de l’association «Friends of the Earth» Munketh Mehyar affirme que la Jordanie aurait pu comme Israël et la Palestine rendre obligatoire l’installation de chauffe-eau solaires sur les nouveaux bâtiments. Mais M. Mehyar regarde vers l’avenir. Pour lui, la Jordanie vient de franchir un pas décisif en janvier 2010. Elle a promulgué la loi sur les énergies renouvelables. L’activité de production et de vente d’électricité est désormais ouverte légalement à tous, et surtout, elle donne droit à 20 ans d’exemption fiscale. Assez de temps pour digérer l’investissement de départ. «C’est une excellente base. En plus, aujourd’hui, de plus en plus de compagnies veulent se donner une image verte. Je pense qu’on est maintenant sur la bonne voie», conclut Munketh Mehyar.